Tentons une hypothèse politique : une partie des électeurs de Donald Trump, hier des gilets jaunes français, avant-hier des brexiters anglais ne sont-ils pas unis par un même sentiment, celui de ne plus rien comprendre à ce monde et de ne plus avoir prise sur rien ? Dans leur travail, ils avaient des opérations à réaliser. Bien souvent, désormais, ils regardent des ordinateurs les faire sans avoir de prise sur eux. Leurs enfants vont parfois à l’université mais c’est l’algorithme qui choisit celle-ci. Ils demandent un crédit à leur banquier et le système informatique leur dit oui ou non.
Comment accepter ce monde ? Comment collaborer à cette abstraction ? Comment vivre lorsqu’on a si souvent le sentiment que tout nous échappe. Le populisme qui se développe a aussi une origine technologique : il fournit des explications simples face à une réalité numérique irreprésentable. Ici ce sera le complot d’une petite caste, ailleurs un bouc-émissaire. Au moins ça rend le présent compréhensible.
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